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    DANS «LIBÉRATION», TOURNÉE DE PRINCE GÉNÉRALE

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    Par Frédérique Roussel

    — 21 avril 2016 à 22:41

    De l'extase à la déception, florilège de phrases parues dans «Libé», du premier article sur le dieu électro-funk à la visite dans son Neverland à lui, Pasley Park. De 1984 à 1988.

    C’est la rentrée, après une année 1984 rythmée par Thriller de Michael Jackson, Libération annonce une «Rentrée Rock (barré) black». 1985, pronostique Rémy Kolpa Kopoul dans le premier article sur l’enfant de Minneapolis, sera Prince. «Le salut vient de l’Amérique, il s’appelle (temporairement) Prince et il a en réserve de quoi balayer tout ça. Sec et percutant (rap, rues, scratch, batterie électronique), soul à l’ancienne (Purple Rain, le slow gluten seventies), sex (cuir macho/junkie/metal kid, mèches nouveau-romantisme batcave, moustache louche Little Richard, yeux doux, torse fin et noueux, bizarre mélange convulsif et ondoyant de séduction macho-bondage et pède), rock (façon punk, rageuse et destructrice), clinquant (à la Isaac Hayes, Super Fly ou Willie Dynamite), dangereux (rythmes destructurés et façons de dégénéré social à la Presley), synthétique (brassage culturel anglo-saxon), funk et black.» (3 septembre 1984)

    Et de fait, Purple Rain déferle. Le film est à Paris et aussi, à la Scala, la sexy Apollonia Kotero, la covedette avec Prince à l’écran et lead singer du groupe Apollonia 6. Alain Pacadis, notre envoyé spécial, a dû amadouer le cerbère pour obtenir en exclusivité une interview de cinq minutes avec les filles d’Apollonia… «Est-ce que tu as baisé avec Prince ? demande-t-il à Suzan. - Mes histoires de cul ne regardent que moi.  - Comment trouves-tu les Français ? - Très bien, sur le plan sexuel. J’adore Paris, j’y suis venue souvent et à chaque fois j’ai été… comblée.» Mais le cerbère revient déjà… (28 septembre 1984)


    En novembre de la même année, Philippe Manœuvre s’envole vers Detroit pour un concert de Prince extatique («Prince détruit Detroit», 9 novembre 1984) qui ouvre sa tournée mondiale 84/85. «Plongée dans l’obscurité, la salle entre en transes. C’est le charivari final, l’éruption de l’Etna et un de ces chambards bordéliques les plus démoniaques qui se puisse imaginer…» C’est difficile à décrire apparement, tellement c’est atomique : «Désolé, après, ça ne se raconte plus. Pas plus que l’évacuation de Saïgon ou le tournage d’Apocalypse Now. Ce genre de folie furieuse.» Une tentative de description quand même :  «Un fouillis aussi inextricable que sur le disque. Ni rock ni funk, ni Teppaz ni stéréo. Musique de l’au-delà, repensée.» Et Prince cavale sur la scène deux heures durant. Il jouera ce soir-là l’intégralité de l’album Purple Rain, l’entrecoupant des trois reprises : 1999, Little Red Corvette etDelirious. Et, of course, il ose aller niquer la sono pendant Darling Nikki.

    Critique de Purple Rain sous la plume de Serge Loupien le 14 février 1985 («Pulpeux Prince»), jugé par rapport à Michael Jackson. Ça attaque. «Pour une fois, critique unanime. Presque. Enfin terminé, l’univers disney-kit de Micahel Jackson et de son thriller BCBG, exit Bambi et sa clique de mangeurs de feuilles, place aux félins carnivores et sournois.» Bayon juge le vice jusqu’au bout : «Ce film moite (Rain) de Prince a deux qualités majeures : il est rock et il est vicieux. Le Kid est super vicieux, avec son charisme cuirophile macho et sa timidité mélancolique sadomaso ; l’héroïne est vicieuse, avec ses yeux de biche et ses manigances de petite putain ; le rival du Kid est vicieux, avec ses bagouzes et ses costards de "pimp" prisu ; le thème névrosé du film est vicieux ; toute cette histoire d’amour contrariée, tendance Cruisin' pour midinettes, enfin, est vicieuse. Et si l’on y regarde près, on verra bien que la scène chaude, qui conlut le ballet-premissés, est précisément codée "sadique-anale". Le Kid met par le cul. Mais ça, nuance, c’est pas vicieux, c’est sexuel.»

    En septembre de cette année 1985 de folie, le dieu électro-funk ne donne qu’une interview exclusive, à Rolling Stones. Il y critique même les critiques rock, rapporte Philippe Manœuvre, en pestant «contre ces "mammajamma de rock critics, avec leurs lunettes noires et leurs chemises léopard, planqués derrière leurs machines à écrire".» Il  a commencé à tourner son second film à Nice, Under the Cherry Moon.

    Ça y est, le second métrage de Prince est sorti sur les écrans («La toile de Prince», 4 août 1986). C’est un flop aux Etats-Unis.«Remarque d’un fanatique qui a vu la chose en avant-première pour Libération : "Et si le nabot se consacrait désormais aux choses sérieuses : la musique par exemple !…."» Philippe Manœuvre a pris son courage à deux mains pour aller voir cet Under the Cherry Moon, et il «n’a rien à voir avec Purple Rain», qui avait fait 80 millions de dollars de bénéfices net au box office américain. Pour le critique, c’est «comme le rejeton mal-formé, paralytique et vélléitaire d’un esprit maniaque».

    Prince fait enfin la une, le 14 juin 1987 avec en manchette : «Jesus Prince Super Star». Bayon est allé le voir à Francfort dans son tour 1987. «Prince fait de la musique : ce son perpétuellement couinant et rappé, sec comme un plat macrobiotique dans une écuelle ébréchée, et lourd de menaces rythmiques anabolisantes : le mariage de l’underground sadique à la Sprung Aus Den Volken et de la surpuissance beat disco-funk éternelle.» Deux heures de régime nitro-pop, critique idem.

    Mais il est déjà temps de faire la bio du chat noir («Une vie de Prince», l25 août 1986). Libé dit en trois pages tout ce qu’il faut savoir du nouveau Messie atomique. Exemple : «1965 : Prince Roger vide le bar de ses parents et se prend une biture mémorable qui le rend malade pendant une bonne semaine. Il en conservera une aversion profonde pour l’alcool. 1966 : Prince Roger tombe sur la collection de revues pornographiques de sa mère, planquée entre la série complète de Tricots et Layettes, et de Mon Jardin. Tilt.» Jusqu’au… «23 août 1986. Prince serait arrivé dans la capitale incognito. 25 août : concert sold out au Zénith. 27 août : sortie nationale de Under the Cherry Moon C’était il y a presque trente ans…

    Par le bouche-à-oreille, Christian Perrot apprend la visite soi-disant imprévue de Prince en chair et en os au New Morning («Petit Prince, petite boîte», 16 juin 1987). Il est 3 heures du matin quand il entre en scène. «Tout le monde, sous le faux prétexte d’assister à un concert de jazz, attendait Prince.» Depuis la veille, c’était un secret de polichinelle. «Le voilà, fringant comme un Spirou en noir, justaucorps Travolta de soie fine. Sa guitare est fraîche, couleur "peach", torsadée comme un manège, et ses manières agréables, un peu minaudières.» Et de finir, presque béat : «Seule évidence de la soirée : le bonheur, cette chose un peu bête mais bien agréable. Prince est la seule star qui sache jouer, et, conséquemment, se risque à l’occasion à descendre de son ciel pour le faire parmi nous.» Décidément, une sorte de Messie dans les années 80.

     

    L’album Lovesexy arrive et Libération (9 mai 1988) lui consacre quatre pages dont une pour la pub de l’album en question et la photo de Prince à poil. Cet album est «une parabole mystico-libidineuse naissant de l’éther», contrôle Bayon. Serge Loupien est allé à Minneapolis visiter son studio d’enregistrement, le plus sophistiqué du rock US, Pasley Park. C’est devenu comme le Graceland d’Elvis Presley. «Le plus impressionnant, c’est la salle de répétition. La vraie. Plus grande que le Zénith, elle fait, dit-on, rêver Hollywood, grâce à la sophistication de ses techniques et autres effets spéciaux (fumigènes immédiatement évacués, par exemple) et surtout à cause d’un nivellement du sol absolument parfait, permettant l’acheminement sans heurt du plus encombrant travelling.» 

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  • Commentaires

    1
    Dimanche 24 Avril 2016 à 08:31

    salut

    aujourd'hui j'ai rendu hommage au Prince avec son tube KISS sur mon blog de musiques



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